Jean-Marc Furlan : «Redorer le lustre de l’AJ Auxerre»

Furlan (AJ Auxerre)
Domino's Ligue 2
04/09/2019

A la tête de l’AJ Auxerre depuis cet été, Jean-Marc Furlan évoque le mercato, son travail pour redonner confiance au groupe, ou encore les ambitions de l’AJA.

Après avoir réussi à faire monter le Stade Brestois 29 en Ligue 1 Conforama en mai dernier, Jean-Marc Furlan a décidé dès la saison bouclée de rejoindre les rangs de l'AJ Auxerre et réalise un début d'exercice convenable à la tête du club icaunais (11e avec 8 points). Entretien avec l’entraîneur recordman de montées en Ligue 1 Conforama, après six journées de Domino’s Ligue 2.

Jean-Marc, comment vivez-vous vos premiers mois à la tête de l’AJ Auxerre ?
Cela se passe relativement bien, par rapport à ma relation avec les joueurs. Surtout avec ce que les joueurs ont vécu depuis deux ou trois ans et l’ensemble de l’environnement autour de l’AJ Auxerre. C’est toujours difficile, parce que c’est un club qui a une très belle histoire, une grande histoire, on le voit bien avec ses supporters qui viennent de partout. Il faut essayer de redorer un peu l’image du club et redonner confiance aux joueurs qui semblaient très marqués, très traumatisés, quand je suis arrivé. Si cela se passe relativement bien, c’est grâce au travail qu’on peut effectuer avec le président (Francis Graille) et le directeur sportif (Cédric Daury). 

Votre mercato a tardé à prendre forme, en êtes-vous satisfait ?
Oui, oui, oui ! C’est beaucoup plus simple dans un club comme l’AJ Auxerre, parce qu’il y a déjà un effectif conséquent et c’est un club très structuré. C’était difficile de recruter dans la mesure où il faut réfléchir de manière très méthodique, parce qu’il y a des joueurs en place. A l’heure actuelle, avec le mercato du monde moderne, cela devient grotesque, car vous avez de la part des agents entre 10 et 20 propositions par jour. Donc si tu n’es pas un club riche, il faut savoir prendre son temps et faire une sélection. 

Vous avez emmené d’anciens joueurs avec vous (Coeff, Bernard), ont-ils un rôle particulier dans votre coaching avec le groupe ?
Quand tu es entraîneur et que tu as connu certains joueurs, c’est important. Avec ce que j’ai vécu à Brest ces deux dernières saisons, je serais presque parti avec tout le groupe. On avait des liens et on avait beaucoup travaillé. Pour moi, le football c’est une construction qui peut être longue, même si maintenant on veut des résultats tout de suite. Mais si tu veux être efficace et avoir des résultats pérennes, souvent c’est assez long. C’est mieux d’avoir des joueurs qui connaissent le « logiciel » de leur entraîneur. Alexandre Coeff et Quentin Bernard, eux, ils savent quel est mon comportement et ce sont des bons transmetteurs d’informations sur le groupe. C’est indispensable. D’ailleurs au Stade Brestois, j’avais quasiment la moitié de l’équipe avec des joueurs avec qui j’avais travaillé dans le passé. Cela facilite grandement le passage des messages sur le plan tactique, émotionnel, social…C’est vrai que ces deux joueurs permettent de véhiculer aux autres ma mentalité et ma façon de manager. 

Cela paraît même fondamental pour vous…
A l’heure actuelle, être entraîneur c’est un métier qui est de plus en plus précaire. Très peu de club à part un ou deux de Ligue 1 Conforama ou de Domino’s Ligue 2 vont conserver leur entraîneur plus de trois ans. Quand tu veux avoir une méthodologie, l’une des meilleures est d’avoir des joueurs qui te connaissent par cœur. Mais ce n’est pas évident de pouvoir le faire, il y a déjà des structures, des fondations dans les clubs et on ne peut pas le faire à chaque fois. J’ai pu le faire à Brest avec six, sept joueurs, là c’est avec deux joueurs. Mais c’est une bonne chose quand même, en plus c’est des joueurs qui permettent de renforcer des postes importants. 

De nombreux joueurs semblent retrouver la confiance, quel a été votre rôle sur le plan psychologique ?
Ce qui est important, c’est de redonner une dynamique collective. En Domino’s Ligue 2 et National, ce qui ressort essentiellement, c’est comment tu crées des groupes dynamiques, solidaires, combatifs, ayant envie de vivre ensemble. En terme de management, c’est très important de prendre soin de cela. C’est ce que je dis aux joueurs, il faut retranscrire sur le terrain notre envie de jouer et de vivre ensemble, avant de savoir si on va bien jouer au football, car avec le travail on y arrive. Pour donner de la confiance aux joueurs, il faut mettre en place des entretiens individuels et être proche d’eux. C’est ce qui m’importe pour leur imposer une certaine façon de vivre et de jouer, mais aussi pour les rassurer. Le management moderne, ce n’est plus comme ce que j’ai vécu où le coach s’occupait du collectif, désormais le travail le plus lourd c’est les entretiens individuels qui sont quasiment quotidiens. Pour permettre au joueur de savoir où il en est, de le rassurer, de le mettre en confiance, ou parfois de lui dire c’est insuffisant.

Avec l’arrivée de Mickaël Le Bihan en fin de mercato, vous avez plusieurs solutions en attaque, un système avec deux attaquants peut-il être privilégié ?
Oui, mais ce qui passe avant le système de jeu, c’est surtout l’animation. Depuis le début de saison, on a pratiquement toujours joué avec deux attaquants. Dans un match, je peux changer deux ou trois fois de système. Ce qui prévaut, c’est le sens du jeu. Il ne dépend pas du tout du système. Cette année, je peux jouer avec deux attaquants et dans le même match passer avec un meneur de jeu et un seul attaquant. Il faut que les joueurs soient complémentaires, tout le monde ne pourra pas jouer. Par exemple, Remy Dugimont peut également jouer sur un côté. 

Êtes-vous surpris par le début de saison de Yanis Merdji (4 buts en 6 matchs) ?
Oui ! Je le connaissais très peu, seulement quand il était à Bourg-en-Bresse. Effectivement, ce qui me surprend, c’est sa joie de vivre et sa capacité à rentrer en tant que joker pour apporter une grande influence au jeu de l’équipe. Avoir un joueur comme ça, c’est plaisant, c’est un atout très important pour un entraîneur. Il peut être titulaire ou rentrer en jeu et mettre le feu. C’est primordial d’avoir un bon banc de touche dans le football moderne pour aller chercher les premiers rôles.

Quelle est l’importance de Michaël Barreto et Hamza Sakhi dans votre animation offensive ?
Chacun a sa philosophie, tu peux laisser le ballon à l’adversaire et fonctionner exclusivement en contre-attaque. Moi, je veux travailler au quotidien pour avoir la possession du ballon, donc les joueurs de couloirs sont très importants dans le cœur du jeu pour avoir la possession du ballon et influencer le jeu. Je leur demande de beaucoup permuter pour être des meneurs. 

Justement votre style de jeu est reconnu en Domino’s Ligue 2. Comment gérez-vous le fait de souvent affronter des équipes avec un bloc bas ?
Le plus simple dans le football, c’est de défendre et de contrer. Le plus dur, c’est de réussir, comme on a pu le faire à Brest au bout de trois ans, d’être capable d’imposer son jeu à l’adversaire, d’avoir la possession et ne pas prendre de contre. Mais cela prend du temps, on le voit en ce début de saison. J’aime bien, si l’adversaire nous le permet, avoir la possession et pouvoir mener le jeu, parce que je pense que pour pérenniser un club et monter un projet, c’est essentiel. Mais au début, c’est particulièrement difficile. A Brest, nous avons mis plus de deux ans et demi pour devenir quasiment imbattables, en ayant ce jeu-là. Les équipes voient que tu prends le ballon, donc elles se disent on se met derrière, on va te contrer trois fois et on va gagner le match. Après c’est le sens que tu donnes à ton football, et moi je veux avoir le ballon pour s’amuser et se faire plaisir. Savoir que tes adversaires te connaissent de A à Z, veulent à tout prix te contrer et malgré tout réussir à passer au-dessus et gagner, c’est le top ! 

Pour vous quels sont les principaux favoris pour accéder à la Ligue 1 Conforama ?
Ce qui me vient à l’esprit en premier, c’est qu’on se rend compte qu’avec la future arrivée des droits TV, des présidents ont dépensé beaucoup de sous pour aller chercher la Ligue 1 Conforama. Depuis deux saisons, il y a beaucoup d’investissements en Domino’s Ligue 2 et de prises de risque. Les salaires, les dépenses, le ventes ont augmenté et le niveau des équipes aussi. On a même vu arriver des entraîneurs de Ligue 1 Conforama. Je pense que des clubs comme Lorient ou Le Havre ont suffisamment investi pour être vraiment devant, avec le RC Lens. 

Pour l’AJ Auxerre, l’objectif est de terminer dans le top 5 ?
Sincèrement, mon président et mon directeur sportif ne m’ont en rien parlé d’objectif. Par contre, l’ambition du club elle très claire, c’est d’aller en Ligue 1 Conforama et de redorer le lustre de l’AJ Auxerre. Dans un, deux ou trois ans, je ne sais pas, mais l’ambition c’est d’y aller et cela me semble légitime. Certains ultras m’ont dit si déjà on est maintenu avant le mois d’avril, c’est bien. D’autres, si on fait les Barrages c’est miraculeux, on serait très heureux. Les gens veulent venir au stade plus apaisés. Par rapport au traumatisme des deux dernières saisons, il n’y aucun dirigeant qui a dit - on a envie de terminer 5e ou 6e. Ce que j’ai ressenti profondément, c’est de ne pas galérer à se maintenir dans les dernières journées.








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