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AC Ajaccio : L'interview 100% pénalty de Johan Cavalli

Johan Cavalli (ACA)
Domino's Ligue 2
04/07/2019

Johan Cavalli a marqué ses 10 derniers pénaltys en Domino's Ligue 2. Secrets, approche psychologique, routine, entraînement... Le capitaine de l'AC Ajaccio répond à une interview 100% pénalty.

A bientôt 38 ans, Johan Cavalli s’apprête à débuter sa 10e saison sous les couleurs de l’AC Ajaccio. Quelques jours après le début d’une préparation estivale débutée sur le GR 20, le célèbre chemin de randonnée qui traverse la Corse du nord au sud, le capitaine ajaccien a accepté de causer pénaltys. Spécialiste hors pair de l’exercice, Johan Cavalli a réussi ses 10 dernières tentatives en championnat depuis les 11 mètres. De quoi se poser comme le meilleur buteur sur pénalty en activité de Domino’s Ligue 2. Entretien 100% pénalty avec le petit milieu offensif corse.

Johan, avez-vous une idée du nombre de pénaltys que vous avez marqués dans votre carrière ?
En pro, je dirais une quinzaine. Si je compte les matchs chez les jeunes, ça va être compliqué de se souvenir mais j’en ai beaucoup tiré !

Cet exercice vous a toujours plu ?
C’est vrai que, depuis tout petit, je tire les pénaltys. Je ne sais pas trop pourquoi mais j'ai toujours aimé ça. Quand mes entraîneurs demandaient qui voulait s’en charger, je me suis toujours proposé. Ça fait partie d’un certain bagage technique. Et j’ai continué à les tirer par la suite…

« Je ne me suis pas imposé »

Avez-vous été le tireur attitré partout où vous êtes passé ?
Je n’ai jamais voulu forcer les choses. Lorsque je suis arrivé dans des clubs où il y avait déjà quelqu'un de désigné, je ne me suis pas imposé. Généralement, j'héritais de la tâche assez vite, plutôt naturellement. Les coachs décident parfois de changer leur hiérarchie. Mais je n’ai jamais été de ceux qui courent pour se saisir du ballon lorsqu’il y a pénalty.

Quand un pénalty est accordé, qu’est-ce qui vous passe par la tête immédiatement ?
Il y a toujours des discussions entre les joueurs et l’arbitre dans ces moments-là donc je laisse mes coéquipiers s’en occuper. J’essaie de demander à un collègue proche de moi d’aller me récupérer le ballon pour ne pas avoir à aller dans la mêlée. Tout de suite après le coup de sifflet de l’arbitre, il faut se mettre dans sa bulle.

Suivez-vous une routine particulière avant de tirer, dans la prise d’élan par exemple ?
Ma façon de me comporter varie selon plusieurs facteurs : le gardien qui est en face, mon ressenti, ma prestation… Pour ce qui est de ma course d’élan, je ne me suis jamais amusé à compter le nombre de pas ou à mesurer une distance mais, pour tous mes coups de pied arrêtés, j’ai une prise d’élan naturelle qui m’amène à avoir les mêmes appuis au moment de tirer.

Et qu’en est-il du souffle ?
Si je suis impliqué dans l’action qui a amené le pénalty, je commence par envoyer un collègue chercher le ballon, comme je vous l’ai dit. Ça me permet de commencer à me concentrer et de faire tomber le rythme cardiaque en effet. Evidemment, il ne faut pas se trouver dans un souffle suffoquant si l’on veut se focaliser sur la frappe. Avant de prendre mon élan, je ne fais pas particulièrement attention à mon souffle. Il faut que le cardio soit redescendu avant cette étape.

Comment placez-vous votre ballon sur le point de pénalty ?
L’endroit où l’on pose le ballon est très important. Le point de pénalty est souvent creux vers son milieu. Quand il y a un trou, je pose donc le ballon soit à l’avant, soit à l’arrière du point.

« Ce serait trop simple de toujours tirer au même endroit »

Quel est le ratio entre la facette psychologique et la facette technique lors d’un pénalty ?
Pour moi, c’est du 50-50. Le côté psychologique est essentiel mais ça reste un geste technique. Si l’on exécute son geste comme il faut d’un point de vue technique, c’est difficile pour le gardien d’effectuer un arrêt. Mais c’est aussi le mental qui permet de réussir son geste technique. C’est toujours plus facile de tirer un péno à l’entraînement qu’en match, ce qui prouve que le mental joue. J’ai évolué avec des joueurs qui étaient à l’aise pour frapper à l’entraînement mais qui n’arrivaient pas à reproduire le geste en match. Il y en a aussi qui ne veulent carrément pas tirer en match.

Ce sang froid peut s’acquérir ou estimez-vous que cela relève de l’inné ?
Non, ça se travaille. Quand on est jeune, on a d’ailleurs toujours plus d’appréhension même si certains jeunes ne se posent pas de question. Moi, j’avais toujours une appréhension au début de ma carrière mais j’ai toujours voulu les tirer. Avec l’âge, cette appréhension s’atténue. On engrange naturellement de la confiance. Et puis évidemment, plus on marque, plus on est en confiance.

Quels sont les secrets pour réussir un pénalty ?
Le premier critère, c’est la concentration. Ensuite, il faut une bonne technique de frappe. Et enfin, il faut choisir une zone où placer le ballon, parfois en fonction du gardien.

Vous changez souvent de zone puisque, sur vos derniers pénaltys, vous tirez aussi bien au centre, qu’à droite ou à gauche, aussi bien à ras de terre qu’en lucarne…
La vidéo a pris une place importante dans le milieu du foot professionnel. Lors des séances vidéo d’avant-match, tous les clubs consacrent une partie aux coups de pied arrêtés. On montre souvent les 2-3 derniers pénaltys qui ont été frappés par le tireur adverse. Ce serait trop simple de toujours tirer au même endroit. Et pour réussir son geste technique, la première chose à faire est d’avoir à l’esprit la zone que l’on va viser.

Vous arrive-t-il de changer de zone au dernier moment ?
Le plus souvent, je choisis un côté en amont mais ça peut m’arriver de changer et de m’adapter au gardien adverse. Si un gardien bouge un peu trop tôt et que je m'aperçois qu'il anticipe d’un coup d’oeil, je peux décider de changer l’endroit où je vais tirer.

Certains gardiens étudient les habitudes des tireurs de pénalty qu’ils vont affronter. Est-ce que les tireurs en font de même ?
Oui, il faut se renseigner car certains gardiens sont moins à l’aise sur un côté qu’un autre. Et à l’inverse, ils peuvent avoir un côté fort. En regardant les pénaltys précédents, si je vois qu’ils vont chercher la balle très très loin sur un côté, je vais avoir tendance à tirer de l’autre côté.

Des entraîneurs refusent qu’un joueur ayant provoqué un pénalty le frappe lui-même. Qu’en pensez-vous ?
Ce n’est pas quelque chose qui m’arrête, à part bien sûr si je ressens des douleurs à cause de la faute que j’ai subie.

« J'essaie d'en tirer un ou deux après l'entraînement »

L’AC Ajaccio a transformé ses 15 derniers pénaltys en Domino’s Ligue 2. Y a-t-il une raison derrière cette réussite ? Un entraînement spécifique peut-être ?
C’est vrai qu’avec Riad Nouri, qui les tire aussi de temps en temps et qui les frappe très bien, on reste sur une jolie série statistique. Je ne sais pas si ça vient de nos entraînements. Par exemple, on n’organise pas de concours de pénaltys à la fin des séances, sauf les semaines de coupes. Personnellement, j’essaie d’en tirer un ou deux après chaque entraînement. Je ne vois pas l’intérêt d’en tirer cinq ou six d’affilée car ça te force à adapter ta façon de tirer et le gardien aussi s’adapte. En se limitant à un ou deux pénaltys, on est plus proche des situations de match.

Comment êtes-vous devenu le tireur de pénaltys de l’AC Ajaccio ?
Il y a des entraîneurs qui aiment choisir quand d’autres préfèrent laisser cette responsabilité aux joueurs. Ça fait tellement longtemps que je joue sous les ordres d’Olivier Pantaloni que je ne me rappelle plus comment ça s’est passé au départ (rires). Depuis que je suis à l’ACA, il me laisse tirer et ne s’est jamais mis en travers d’une décision du groupe. Il fait partie de ces coachs qui aiment responsabiliser ses joueurs.

Vous êtes-vous déjà déjà trouvé dans une querelle entre coéquipiers avant de tirer un pénalty ?
Ça ne m’est jamais arrivé. Comme je les tire depuis un moment, il n’y a pas de flou. Mais je me souviens qu’au début de la saison 2017/2018, le petit Yoane Wissa voulait en tirer un. Il venait d’arriver au club et sur le premier pénalty sifflé en notre faveur, il m’a demandé s’il pouvait le prendre. Je lui avais laissé car je trouve intéressant qu’un attaquant qui débarque dans un club puisse vite marquer (Wissa avait transformé ce pénalty lors de la victoire 2-1 contre Brest dès la 2e journée). Il est certain que vous ne me verrez pas me battre pour arracher un ballon, comme ça arrive parfois. Je trouve ça complètement stupide et c’est le meilleur moyen pour que le pénalty soit raté.

Depuis quelques années, certains joueurs marquent un temps d’arrêt dans leur course d’élan. Est-ce une méthode que vous avez essayée ?
Ça ne m’a jamais tenté de tirer comme ça parce que je n’arrive pas à le faire (rires). J’ai déjà essayé à l’entraînement mais ça ne me plaisait pas de tirer comme ça. Même si je marquais, je trouvais le geste peu académique. Et encore une fois, si le geste technique est bien réalisé, c’est compliqué pour le gardien d’arrêter un pénalty. Je me concentre vraiment sur le tir plutôt que sur la réalisation d’une feinte qui pourrait faire partir le gardien.

L’approche est-elle différente lorsque vous devez frapper un tir au but ?
Elle peut l’être. Si ceux qui sont passés avant moi ont tiré du côté où je souhaitais frapper, je peux changer. Si j’ai un côté en tête mais que le gardien n’a pas encore plongé de ce côté-là, je peux me dire aussi qu’il va bien finir par y aller. C’est un peu différent d’un pénalty mais, ici aussi, la priorité est de se concentrer sur son geste.

Et bien, merci beaucoup pour votre disponibilité…
(Il coupe) Oui oui, maintenant, j’espère que cette interview ne va pas me porter malheur pour mon prochain pénalty !

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