L.Boulleau : «L'arbitrage, une question de compétence, pas de sexe»

L'ex-joueuse Laure Boulleau pour les JNA
Arbitrage
19/10/2018

Marraine des Journées de l'arbitrage 2018, l'ex-joueuse du PSG et des Bleues Laure Boulleau évoque la féminisation de l'arbitrage, la VAR ou encore sa reconversion. Interview.

Joueuse du Paris Saint-Germain de 2005 à 2018, Laure Boulleau a raccroché les crampons il y a quelques mois. Celle qui a été internationale française à 65 reprises opère depuis cet été comme consultante sur le plateau du Canal Football Club. Une reconversion qui ne l'a pas empêché de s'engager en tant que marraine des Journées de l'arbitrage 2018, qui se déroulent du 16 au 31 octobre. Durant cette période, les matchs de deux journées de Ligue 1 Conforama et des 16es de finale de Coupe de la Ligue BKT verront l'organisation de différentes opérations pour mettre en avant l'arbitrage. Entretien.

Pouvez-vous nous présenter le concept des Journées de l’arbitrage ?
C’est un programme qui existe depuis 2007 dans le but de sensibiliser les joueurs et le grand public à l’importance du rôle d’arbitre. Il s’agit aussi de susciter des vocations et de donner envie aux jeunes de devenir arbitres. Lors de cette édition 2018, il y a deux grands axes : l’évolution technologique de l’arbitrage avec la VAR mais aussi la féminisation de la fonction. C’est aussi pour ça qu’on m’a proposé d’être marraine et ça m’a beaucoup touché. D’autant plus qu’au Canal Football Club, on débat beaucoup sur l’arbitrage. Ça m’a donné envie d’être une porte-parole pour les femmes arbitres, qui n’ont pas encore le statut professionnel et galèrent pour beaucoup.

« envie d’être une porte-parole pour les femmes arbitres »

En Allemagne, Bibiana Steinhaus est arbitre centrale en première division depuis plus d’un an. Pensez-vous qu’une femme l'imitera bientôt en Ligue 1 Conforama ?
J’en suis sûre. L’arbitrage est une question de compétence, pas de sexe. Maintenant, pour que les femmes arbitres puissent répondre aux exigences de la Ligue 1 Conforama, il faut leur donner les moyens de se professionnaliser. Cette évolution doit être comparable à ce que nous avons vécu, nous les joueuses. Il faut un coup de pouce, que les femmes bénéficient des mêmes aides et des mêmes formations que les hommes.

Clément Turpin et Laure Boulleau

Dans le cadre des Journées de l’arbitrage, les marraines et parrains de l'opération ont été invités à arbitrer des petites rencontres...
Malheureusement, je n'ai pas pu arbitrer moi-même car ces matchs se sont déroulés mercredi et j’étais en déplacement à l’étranger avec les féminines du PSG. Mais j’ai vu des vidéos de Frédéric Michalak et du Comte de Bouderbala (deux des quatre parrains et marraines avec Laure Boulleau et la handballeuse Siraba Dembélé) à l’œuvre, sur des matchs de jeunes, et j’ai beaucoup rigolé ! Mais j’ai déjà eu l’occasion d’arbitrer et je connais les difficultés de la fonction donc j’ai beaucoup de respect pour les arbitres. Lorsque j’étais blessée, j’ai officié lors d'oppositions à l’entraînement, que ce soit lors de matchs contre des jeunes garçons ou des filles. Et franchement, c’est une galère (rires) ! Ça va tellement vite… Il faut juger quelque chose de pas toujours évident en une fraction de seconde. Et encore, il n’y avait pas de public. Entre la pression externe qui peut exister et les joueuses qui râlent, il faut savoir s’affirmer.

Plusieurs ex-joueurs comme Jérémy Stinat ou Gaël Angoula ont décidé de devenir arbitres à la fin de leur carrière. Est-ce que cette idée vous a traversé l’esprit ?
Non, pas vraiment, car mon chemin de reconversion était ailleurs. Mais si ça peut susciter des vocations, c’est une bonne chose. Pour les anciens joueurs, c’est une belle reconversion.

Quel est le style d’arbitre que vous appréciez ?
La première qualité, c’est la compétence. J’aime les arbitres qui sont calmes et pédagogues. J’en ai connu plusieurs qui se comportaient de cette manière et, déjà que je râlais peu, ça me donnait encore moins envie d’aller discuter. Et celles qui contestaient habituellement se tenaient à carreau car, en face d’elles, elles avaient quelqu’un qui les respectait. Un arbitre qui te parle franchement mais calmement t'enlève toute envie de t’énerver.

« Des erreurs flagrantes évitées » grâce à la VAR

La VAR a été introduite en Ligue 1 Conforama cette saison. Quel bilan dressez-vous après ces premiers mois d’utilisation ?
J’étais vraiment favorable à son introduction et, en voyant son utilisation durant la Coupe du monde en Russie, ça m’a vraiment confortée. Ce n’est pas encore parfait et il faudra certains ajustements mais des erreurs flagrantes ont été évitées. Le football va tellement vite aujourd’hui… La morphologie des joueurs a changé, comme l’intensité des courses. L’assistance vidéo aide les arbitres à être plus performants dans leur prise de décision, à avoir du recul même s’ils sont au cœur du jeu. Ça leur enlève aussi de la pression, que ce soit du point de vue médiatique ou économique.

Comment avez-vous décidé de devenir consultante ?
J’ai pris la décision d’arrêter ma carrière en février ou mars dernier. Le PSG m’a proposé une reconversion au sein du club, tout comme plusieurs chaînes de télévision. Et ça s’est fait avec Canal+, qui est très engagée dans la promotion du foot féminin, puisque la D1 féminine est diffusée et que ce sera bientôt le cas des matchs du Mondial 2019. Cette légitimité de Canal sur le foot féminin m’a donné très envie de travailler pour la chaîne. C’est dans un second temps qu’on m’a proposé d’intégrer l’équipe du Canal Football Club, une vraie surprise. Mais je pense que mes premiers mois se déroulent très bien et je m'éclate. J’ai envie de montrer que je peux apporter quelque chose de différent, mon expérience de joueuse. Représenter les femmes est une immense fierté. Il faut donner des exemples pour faire évoluer les mentalités.

De 2005 à 2018, vous avez joué au PSG. Quels sont les rapports entre les sections féminine et masculine ?
On ne s’entraîne pas au même endroit donc on ne se croise pas si souvent. Mais des joueurs sont venus au stade pour nous soutenir sur certaines grandes affiches, en Ligue des champions notamment. Je me souviens ainsi que Maxwell, Matuidi ou Thiago Silva avaient fait le déplacement. Je vais essayer d’en faire venir certains cette saison, ce sera une de mes grandes missions (rires). Même s’il manque pas mal d’éléments, ce sera peut-être possible d’y arriver pendant une trêve internationale. Il y a aussi la section handball avec qui nous sommes en contact. On se suit les uns les autres même si les plannings sont chargés.

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