«Je réclame un cessez-le-feu parlementaire !»

Actualité
23/10/2009

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Alors que des menaces législatives fiscales et sociales pèsent sur la compétitivité du football français, le président de la LFP Frédéric Thiriez publie la tribune suivante :

"Depuis quelques jours, nous assistons à un acharnement et même à un harcèlement de certains parlementaires contre les sportifs professionnels et en particulier les footballeurs. Cette surenchère démagogique n'a d'égal que l'ignorance des réalités économiques. Je réclame un cessez-le-feu parlementaire ! Cette offensive est inique et inconséquente.

Elle est inique pour deux raisons.

Tout d'abord, il n'existe pas de niches fiscales pour les footballeurs professionnels. En effet, de quoi parle-t-on ?

S'il s'agit du Droit à l'Image Collective, ce dispositif n'est pas fiscal et ce n'est pas non plus une niche. Il n'est pas fiscal car il concerne seulement les charges sociales patronales et pas les impôts. Ce n'est pas une niche car il s'agit du même régime que celui des artistes interprètes. Veut-on aussi supprimer le DIC pour ces derniers ?

Si l'on parle du régime des impatriés, il ne s'agit pas non plus d'une niche, car il n'est pas propre aux sportifs. Il s'applique à tous les impatriés, comme par exemple les cadres qui rejoignent la France. Exclure les sportifs de ce régime serait contraire au principe constitutionnel d'égalité devant l'impôt.

Raisonnement identique en ce qui concerne l'option pour le bénéfice moyen qui permet de lisser les revenus, valable également pour les chercheurs, les écrivains, les comédiens. Veut-on eux aussi les exclure ?

Cibler les sportifs professionnels serait une discrimination contraire à la constitution. En réalité, les footballeurs ne bénéficient d'aucun avantage fiscal particulier. Ils ne l'ont, du reste, jamais demandé. Ce qu'ils souhaitent, c'est être traités comme les autres contribuables. Ni mieux, ni moins bien.

Inique, l'offensive parlementaire l'est également car le football paie ses impôts comme tout le monde et même plus que les autres.

Le football professionnel français est un excellent contribuable. Cette année, il rapportera à la collectivité près de 600 M€ en charges sociales et fiscales. Ces prélèvements, assis sur la masse salariale des joueurs, diminueront si les clubs sont contraints de revoir les salaires à la baisse pour compenser l'effet des mesures annoncées. Celles-ci coûteront au final plus d'argent qu'elles n'en rapportent et ne seront donc pas rentables pour l'Etat.

On peut même dire que le football paie plus que tout le monde puisque la taxe Buffet est une taxe spécifique au sport professionnel, que le football finance à 90 %. Quand on sait qu'il est prévu d'augmenter encore cette taxe, qui plus est pour une cause - le financement des contrôles anti-dopage - qui n'a rien à voir avec l'aide au football amateur, on ne peut qu'exprimer son désaccord.

D'autant plus que le football professionnel contribue déjà au financement du sport amateur. En 2009, cette contribution se monte à 61,6 M€, 34,6 au titre de la taxe Buffet qui alimente en partie le FNDS, 22 M€ dans le cadre du protocole financier entre la LFP et la FFF et 5 M€ en contributions directes des clubs, particulièrement en faveur de la formation.

Non seulement l'offensive parlementaire est donc inique, mais elle est aussi inconséquente.

Alors que le football français retrouve des couleurs, comme en témoignent les trois victoires de nos clubs en Ligue des Champions, au moment où les efforts consentis par les clubs portent leurs fruits, on risque de briser un bel élan et de retourner en arrière. Veut-on que la France joue en 2ème division européenne ?

Quand on regarde les recommandations du rapport Besson remises au Premier Ministre il y a quelques mois pour améliorer la compétitivité économique du football français, un constat s'impose : on est en train de faire le contraire.

Inconséquence, enfin, car le football est également touché par la crise. S'il a été épargné dans un premier temps grâce à la stabilité de ses recettes audiovisuelles et à une gestion saine de ses clubs, la réalité économique est en train de nous rattraper.

Le football professionnel est désormais un secteur économique en difficulté comme les autres puisqu'il sera déficitaire pour la saison 2008/2009 après trois exercices positifs. Ce constat financier, bien éloigné de l'image d'un football qui roulerait sur l'or, est souvent ignoré et il est incompatible avec une augmentation des charges déjà considérables pesant sur les clubs. De même pour la première fois, les salaires des joueurs évoluant en France sont en baisse, une baisse de 6% pour la saison en cours par rapport à 2008/2009. Cela marque une inquiétude des clubs et un ralentissement de la croissance du secteur.

Dans ces conditions, quel grave contre sens économique que de vouloir alourdir encore davantage les charges pesant sur notre football".







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