Lorient et Nancy, pionniers du synthétique

Actualité
17/05/2010

Par

Deux clubs de Ligue 1 ont décidé de franchir le pas. A partir de la saison prochaine, le FC Lorient et l'AS Nancy-Lorraine évolueront à domicile sur une pelouse synthétique. Une grande première qui va faire sensation. Explications avec les initiateur

Ce sera une des grandes attractions de la saison prochaine. Et elle sera double. Pour la première fois de l'histoire, deux clubs de Ligue 1, le FC Lorient et l'AS Nancy-Lorraine, ont choisi de jouer à domicile sur une pelouse synthétique. C'est donc 38 matches, soit 10% des rencontres du prochain championnat de France, qui se joueront sur une nouvelle surface. Cette mini-révolution est le fruit d'un changement des mentalités à mesure des progrès fulgurants enregistrés ces dernières années dans ce domaine. “C'est vrai. Il a fallu vaincre les aprioris très négatifs du secteur technique”, avoue le président du FC Lorient Loïc Féry. “J'ai demandé à Christian et à toute son équipe d'aller au-delà, de partir à la rencontre en Europe des joueurs qui évoluaient dessus et des techniciens qui dirigeaient ces équipes”. Même démarche du côté de Nancy. “Le staff technique et les joueurs étaient plutôt réticents. Un tour d'Europe en Autriche, en Russie et en Norvège pour voir les différents produits et les différents pelouses ont permis de les convaincre”, explique de son côté le président de l'AS Nancy-Lorraine, Jacques Rousselot. “Pablo Correa et Paul Fischer sont aujourd'hui convaincus que c'est la solution de demain si on veut pratiquer un football de qualité dans de bonnes conditions, et ceux malgré le climat rigoureux qui touche chaque hiver l'Est de la France”.

 

“Notre réticence, c'était avant tout une question de culture”, explique Pablo Correa, qui note l'évolution des mentalités dans ce domaines. “J'ai toujours joué sur un terrain en herbe ce qui n'est pas le cas des jeunes générations. De nombreuses communes se sont équipées d'un synthétique et les jeunes n'ont pas notre appréhension”. Entraîneur depuis 2002 à Nancy, le coach uruguayen songeait ainsi depuis plusieurs saisons à sauter le pas. “Ce qui m'a amené à réfléchir, c'est d'abord qu'il faut faire des choses invraisemblables pour entretenir aujourd'hui un terrain naturel tout au long de la saison. Avec la météo et la configuration des nouveaux stades, les jardiniers doivent se transformer en magicien. Remplacer la pelouse deux fois par an n'aurait pas changé fondamentalement la donne". Plus couvertes, plus fermées, les nouvelles enceintes laissent en effet moins entrer la lumière et l'air nécessaire à la bonne tenue du rectangle vert. Et la tendance n'est pas prête de s'inverser à Nancy où le projet de rénovation prévoit la pose d'un toit rétractable. Face au froid qui s'abat sur la Lorraine chaque hiver, cette solution permettra également de réduire la facture énergétique en évitant de chauffer le terrain. "Il faut trouver des solutions économiques et écologiques. C'est l'évolution de notre société et le football doit y être attentif", souligne Pablo Correa. Ou quand synthétique ne rime pas forcément avec dégâts pour l'environnement.

 

A Lorient, si le climat et la configuration du stade sont différents, le problème reste le même en ce qui concerne la qualité de la pelouse. "Chaque saison, on souffre. Le terrain se dégrade très vite en raison d'une prolifération des vers de terre. Résultat, cela fait deux hivers que nous avons joué dans des conditions épouvantables. Cela ne pouvait plus durer", déplore Christian Gourcuff, qui a eu carte blanche pour imaginer une solution. "Les aspects techniques étaient prioritaires. Le président comme la ville m'ont donné le choix. J'étais favorable à une pelouse naturelle mais il aurait fallu la refaire deux fois par an ce qui n'était pas jouable à Lorient". "Si vous pouvez investir chaque année 1 à 2M€ chaque saison dans votre pelouse, je comprends parfaitement le choix de rester en naturel. Mais, à Lorient, comme dans la plupart des clubs français, je pense qu'on ne peut pas se permettre un tel investissement", souligne de son côté Loïc Féry. Des visites à Salzbourg en Autriche ont rapidement convaincu que c'était la solution. "Il faut reconnaître les progrès considérables effectués en quelques années. Les synthétiques d'aujourd'hui n'ont plus rien à voir avec ceux leurs ancêtres. Je note aussi un progrès considérable depuis deux ans. A Salzbourg, des tribunes, on ne pouvait pas imaginer que c'était une pelouse synthétique”, note Christian Gourcuff. Sur le même terrain qui répond aux normes FIFA deux étoiles, Pablo Correa a pu observer le comportement des joueurs lors d'une rencontre d'Europa League (Salbourg-Lazio) avant de se rendre en Russie pour assister à CSKA Moscou–FC Séville en Ligue des Champions. “J'ai porté mon attention sur leur déplacement et leur capacité de freinage. Je n'ai pas noté un seul problème. Pour en avoir discuté avec les joueurs de Salzbourg, du CSKA et le directeur sportif de Séville, je ne vois pas ce qui va empêcher le développement des terrains synthétiques au plus niveau”, témoigne Pablo Correa, qui prédit que les exemples de Lorient et Nancy ne resteront pas des cas isolés.

 

Avant de faire ce choix, les deux entraîneurs ont bien évidemment consulté les médecins sur les impacts sur la santé des joueurs. “On n'a pas un recul assez suffisant pour faire un comparatif mais je ne vois pas pourquoi il y aura plus de blessures. Par contre, je pense que jouer dans des bourbiers comme ceux de cet hiver représente un grand risque de blessure”, note Christian Gourcuff. Pablo Correa partage cet avis. “Le cahier des charges pour construire un terrain synthétique est énorme. On impose bien moins de contraintes pour une pelouse naturelle. On pourra donc présenter un terrain nickel et ce sera un grand avantage pour les joueurs”. Les deux entraîneurs ont bien sûr prévu de gérer la transition entre le synthétique et le naturel. En fonction du match à venir, les joueurs s'entraîneront la semaine successivement d'une surface à l'autre.

Précurseur en la matière, Lorient et Nancy s'attendent à susciter la curiosité et des évocations parmi les autres clubs professionnels. “Nous sommes très heureux d'innover et de montrer la voie en France sur ce sujet là”, se félicite Loïc Féry. “La Ligue et son président Frédéric Thiriez, l'UEFA nous encouragent dans cette voie. Les diffuseurs sont également demandeurs. Pour nous, cette décision relève avant tout d'une logique de spectacle et non d'une logique purement économique. Cette saison, j'ai assisté à une petite dizaine de matches où l'état du terrain rendait difficile d'envisager pouvoir donner une prestation de grande qualité aux supporters. On se doit d'apporter une solution à ce problème”. “Avoir une bonne pelouse tout au long de la saison, c'est autrement plus sympa pour les joueurs que de jouer sur du béton. Cette solution va dans le bon sens pour pratiquer le beau jeu”, note Jacques Rousselot. Un choix que ne dément pas Christian Gourcuff qui a imposé sa patte technique sur le jeu léché des Merlus. “Avec notre choix de jeu et un ballon que l'on s'efforce de garder à terre, c'est évident que la pelouse synthétique devrait être plus favorable à l'élaboration de notre football. Cela renforce donc nos options dans notre futur recrutement”.

 

L'arrivée du synthétique, c'est aussi de nouvelles possibilités qui s'offrent aux clubs jour de match. “Cela révolutionne le matchday”, s'enthousiasme Loïc Féry. “Cela offre de nouvelles perspectives, notamment en termes de football. Cela permet de réintroduire la notion de lever de rideau. Nos spectateurs pourront assister à des matches de l'équipe réserve ou de jeunes. On peut aussi envisager des animations musicales. Bref, on pourra vendre plus au même prix et remplir le Moustoir pour le plus grand plaisir de tous. Je considère en effet l'affluence d'abord comme un facteur de compétitivité sportive avant d'être un facteur économique”. Ce changement permettra également d'accueillir le Festival Interceltique de Lorient sans avoir à refaire complètement la pelouse.

Ville candidate à l'Euro 2016, Nancy a fait le choix d'un stade multifonction. “Notre projet correspond complètement au cahier des charges imposé par l'UEFA avec un stade de 35000 places et un toit rétractable”, rappelle Jacques Rousselot qui veut transformer l'enceinte en un lieu de vie. “L'idée, c'est d'organiser une quarantaine d'événements par an avec 19 à 25 matches de football et 15 à 20 spectacles”. Nancy compte également organiser des conventions nationales et internationales. Pour pouvoir alterner concert et football, les dirigeants ont donc fait le choix d'un investissement de premier plan. “Ce sera entre 1,3 à 1,4 M€ comptetenu du besoin d'avoir un fond de forme très costaud avec une chaussée lourde”, détaille le président Rousselot. “Cela aurait été moins cher si nous avions utilisé uniquement le lieu pour du football mais ce n'est pas le sens de l'histoire. Le stade multifonction, c'est l'avenir”. Et la pelouse synthétique son complément de plus en plus naturel…








L'email a bien été envoyé
OK