Le discours de Frédéric Thiriez

Assemblée Générale
04/07/2013

Retrouvez le discours prononcé par le président de la LFP à l'occasion de l'Assemblée Générale du 3 juillet 2013.

Quelle est la météo marine sur le football français ? Sur le plan sportif : beau temps, mer belle. Sur le plan économique : avis de grand frais, mer agitée.  Sur le plan politique : avis de coup de vent, mer grosse.

Sur le plan sportif d’abord, nous avons encore vécu un championnat de France passionnant. Où, dans quel grand championnat, voit-on autant de suspense qu’en France ? Chez nous, tout se joue toujours à la fin, pas avant.

Le nombre de buts est encore en progression, le meilleur total depuis 28 ans. Il y a eu 967 buts pour une moyenne de 2,54 buts par match contre 2,26 il y a 5 saisons.

Enfin, cessons de dire qu’il n’y a pas de stars dans le championnat de France. Il y en a et il y en aura encore plus dans les saisons à venir.

L’aspect économique, à présent. Avis de grand frais !

Nos clubs perdent encore de l’argent à l’issue de la saison qui vient de s’achever. C’est la quatrième année consécutive que le football français est déficitaire.

Ce n’est pas normal. Pourquoi cette situation ?

Premièrement, la crise économique.

Elle provoque une baisse des recettes avec un plafonnement des affluences, une baisse du marché du sponsoring et des recettes de transfert.

Deuxièmement, un niveau de pression fiscale inégalée en Europe avec des charges sociales beaucoup plus élevées en France qu’ailleurs.

Voyez l’Allemagne. Pour un joueur rémunéré annuellement à hauteur de 600 000€ brut, ce qui est un peu au-dessus de la moyenne en Ligue 1, ces charges s’élèvent à 186 000 euros pour un club français alors qu’elles sont de 12 000 euros en Allemagne. Différence : 174 000 euros.

Troisièmement, la suppression du Droit à l’Image Collective, de façon indue,  qui nous coûte 50 millions d’euros chaque année.

Enfin, l’aspect politique. L’avis de gros temps serait un avis de tempête si le projet de taxation à 75% voyait le jour. Cela reviendrait à une augmentation de 30% de nos charges, ce qui est évidemment insupportable. 15 clubs sur 20 seraient touchés. Des grands clubs comme Lyon ou Marseille seraient dans l’incapacité de payer.

Au total, cette taxe couterait plus de 80 millions d’euros.

Ce projet est discriminatoire, car au final seul ou presque le football serait soumis à la taxe. Les entreprises du CAC 40 ont les moyens de l’éviter. Les artistes n’y seront pas soumis d’après nos informations et les sportifs individuels y échapperont car ils sont domiciliés en Suisse. Les seuls à payer seront les clubs de foot.

Ce projet est piégeux car il est rétroactif. Les clubs, engagés par contrat pour une certaine durée, seraient pris en otage. On ne licencie pas des CDD.

Ce projet est improductif car l’Etat perdrait des recettes fiscales avec le départ à l’étranger des meilleurs contribuables. L’impôt lui couterait de l’argent au lieu d’en rapporter.

Nous avons proposé des solutions nombreuses au gouvernement mais nous sommes sans réponse ! Si nous n’arrivons pas à convaincre, nous irons à nouveau devant le conseil constitutionnel, comme nous l’avons fait la première fois. Et nous avions gagné.

Toujours sur le plan politique, autre gros risque, la taxe Buffet. Elle est aujourd’hui payée à 92% par le football. Nous n’accepterons pas une augmentation du taux. Nous plaidons pour un élargissement de l’assiette de la taxe en y incluant la totalité des spectacles audiovisuels diffusés en France.

Parmi les motifs d’inquiétude, figure aussi l’évaluation publique lancée par le ministère des sports sur l’impact des aides publiques au football professionnel.

On veut nous faire croire que l’Etat donne trop au sport professionnel, au football. On veut, par ce biais, revoir la gouvernance du sport professionnel pour porter atteinte à l’autonomie du mouvement sportif. Avec les autres sports, nous ne nous laisserons pas faire.

Passons aux perspectives. Elles ne sont pas réjouissantes.

En effet, il devient extrêmement difficile pour les clubs de réduire leurs dépenses car ils se sont déjà astreints à une cure d’austérité depuis 2 à 3 ans. Ils ont réduit la masse salariale de manière importante. On en arrive à l’os. Il n’y a plus de marge. 

Les subventions des collectivités locales sont en chute libre. Par ailleurs, les clubs vont devoir faire face dans un an à une baisse des droits audiovisuels de 40 millions d’euros.

Le football professionnel français entre en récession !

Nous devons nous adapter à cette conjoncture difficile, à cette situation de crise. Il faut oser aborder les sujets sans tabou ni apriori, comme la question du format de nos championnats ou de la licence clubs.

Une réflexion est en cours. Toutes les pistes sont étudiées, avec le Conseil d’administration de la LFP et avec le concours de la commission du développement économique.

Il y aura d’indispensables réformes à mener.

C’est avec cet esprit que nous menons le  chantier de rénovation de nos stades, qui avance de manière très positive comme cela a encore été souligné la semaine dernière lors de la présentation du logo de l’Euro 2016.

Enfin, nous devons naturellement travailler au redressement de l’image du football français. L’éducation, plus que jamais, doit être au cœur de notre action.  François Blaquart travaille sur un programme de rénovation de la formation. La Ligue et les clubs sont à ses côtés.

Pour conclure, le bilan est forcément un peu sombre en cette période difficile, mais en même temps, il nous éclaire sur les défis essentiels qui s’offrent à nous. De notre capacité à les relever ensemble, dépend l’avenir du football français.








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